Un modèle économique rentable autour de la monétisation communautaire ?
Face à l’émergence de la Kpop en France et dans le monde, les industries coréennes font preuve d’ingéniosité en voulant développer la relation entre les artistes et les fans. Leur but est de maintenir une audience en boostant constamment l’engagement.
Comme le souligne l’excellent podcast Le Super Daily, l’industrie de la K-pop est devenue le « boss final » du marketing digital.
La K-pop, c’est quoi ?
Pour ceux qui ne connaissent ni BTS ni BLACKPINK, la K-pop (pour Korean Pop) est bien plus qu’un simple genre musical venu de Corée du Sud. C’est une industrie totale qui fusionne la musique, des chorégraphies millimétrées, une mode pointue et un storytelling visuel digne des plus grands studios de cinéma.
Le cœur du système repose sur les « Idols » : de jeunes artistes formés pendant des années par des agences avant de débuter. Mais la véritable particularité de la K-pop, c’est qu’elle ne vend pas seulement des chansons ; elle vend un lien entre l’artiste et son public.
Et pour se faire, l’industrie de la Kpop aussi appelé « Kpop industry » crée son propre « langage ». Par exemple, on ne parle plus de fans mais de « Stan » qui ets la définition de fans ultra-engagés. Car ces fans ne se contentent pas de consommer : ils agissent comme une véritable force de vente pour leurs idoles. Pour orchestrer cela, les agences ont créé des outils sur-mesure : les plateformes propriétaires.
Alors comment la Corée du Sud a pu transformer leur culture en une machine digitale ultra présente et assurer une domination sur le marché ?
L’écosystème « All-in-one » : Le mur communautaire

Selon le rapport Luminate 2024, les fans de K-pop dépensent en moyenne 75 % de plus par mois en produits dérivés et expériences que le fan de musique moyen. Ce n’est pas un hasard : c’est le résultat d’une stratégie de marketing digital millimétrée appelée le Direct-to-Fan (D2F).
Le contenu gratuit plaît, mais l’exclusivité monétisée crée l’appartenance. C’est dans ce contexte que des plateformes comme Weverse ou Bubble ont transformé radicalement la relation entre l’artiste et sa communauté.
Dans le marketing digital dit « classique », on disperse l’audience entre Instagram, TikTok et un site e-commerce. La K-pop a inventé le concept de plateforme propriétaire comme Weverse (créée par une agence appelé HYBE) ou Bubble (par la SM Entertainment).
L’idée est simple : enfermer tout l’entonnoir de conversion dans une seule application.
- Le contenu gratuit attire le fan.
- L’interaction directe (lives, messages avec les idoles) crée l’attachement.
- L’exclusivité (merchandising, abonnements VIP) génère la monétisation.
D’après les données de HYBE (2024), Weverse compte plus de 10 millions d’utilisateurs actifs. Mais le plus impressionnant reste la rétention : une fois dans l’écosystème, le fan n’a plus aucune raison d’en sortir. C’est addictif.
Pourquoi l’intégrer dans une stratégie de marque ?
Ce modèle comporte trois piliers :
- Transformer l’audience en Fandom : Comme l’explique Le Super Daily, le marketing de la K-pop repose sur l’affect. On ne vend pas un produit, on vend une histoire. Les marques qui réussissent aujourd’hui sont celles qui, comme les groupes de K-pop, parviennent à créer un sentiment d’appartenance.
- La Gamification de la consommation : L’achat devient un jeu. Collectionner des « photocards » (cartes avec le portrait des idoles à collectionner) glissées aléatoirement dans les albums physiques pousse à l’achat multiple. C’est le principe de la « boîte mystère » appliqué au digital et au physique.
- Le Direct-to-Fan (D2F) sans intermédiaire : En possédant sa propre plateforme, l’agence récupère 100% des informations. Elles sont directement auprès de son public (First-Party Data). Elle sait exactement quel membre du groupe est le plus populaire, à quelle heure le fan achète, et peut ajuster ses stocks en temps réel.
Le succès de « Bubble » et l’intimité simulée

Le cas de l’application Bubble est une masterclass en monétisation de la relation. Pour quelques euros par mois, les fans reçoivent des messages qui ressemblent à des SMS privés envoyés par l’artiste.
- Monétisation : Une source de revenus récurrents (abonnement) qui ne dépend pas des algorithmes de Facebook ou Google.
- Engagement : Ce sentiment d’exclusivité transforme le fan en ambassadeur : sur TikTok, le hashtag d’une idole peut générer des milliards de vues sans que l’agence n’ait à dépenser un euro en publicité payante.
- Retombées : L’artiste devient une « icône » accessible, renforçant la barrière à l’entrée pour les concurrents.
Qu’en sera-t-il du marketing de demain ?
Le marketing digital opère une transition majeure : il ne s’agit plus seulement de visibilité, mais d’appartenance. Que ce soit dans l’automobile, le luxe ou la santé, l’enjeu est de créer des espaces où l’utilisateur ne se sent pas comme quelqu’un parmi tant d’autres, mais comme un membre d’une communauté privilégiée. L’univers de la K-pop l’a très bien compris. Cette industrie priorise l’émotion et en fait un levier majeur.
SOURCES :
- Podcast Le Super Daily : « K-pop et marketing : ce que les marques peuvent apprendre des fandoms »
- Luminate Music Report 2024
- Rapport annuel financier HYBE Corp

