Les chiffres, les cadres et les « bonnes pratiques » dominent souvent le discours lorsqu’on parle d’influence marketing. Taux d’engagement, conversions, portée organique : tout est mesuré, comparé, optimisé. L’influence est devenue un levier stratégique, calibré comme n’importe quel autre outil de communication.
Ces données existent et ont leur utilité, mais elles ne racontent pas tout. Ici, on les aborde à travers une voix, un parcours, une relation construite avec une communauté. Une immersion à taille humaine, là où l’influence s’exerce dans la proximité plutôt que dans la démesure.
Découvrons la nano- et la micro-influence à travers le regard de celui qui la vit au quotidien.

Chad’s Hat n’est pas né d’une stratégie ou d’un business plan. Il est né d’une habitude : celui de recommander.
Derrière ce pseudo, on retrouve un dénicheur de bonnes adresses, passionné de brunchs et de mode, reconnaissable à son chapeau devenu signature. Il débute dans son cercle proche, bien avant les algorithmes et les collaborations :
« J’ai toujours été “le copain qui organise les restos”, celui à qui on demande l’adresse pour un anniversaire ou un date. Ce sont mes proches qui m’ont encouragé à partager cette énergie et ces bonnes adresses avec plus de monde. Je me suis lancé simplement, sans plan précis, mais avec beaucoup d’envie. »
Avec un peu moins de 10 000 abonnés, Chad appartient officiellement à la catégorie des nano-influenceurs — comme 77% des influenceurs sur Instagram (1).
Pourtant, son investissement et la structuration de son compte le rapproche déjà d’une logique « micro » : production régulière, ligne éditoriale cohérente, attention portée à l’image, collaborations encadrées … Une première nuance qui dit beaucoup : ici, le nombre d’abonnés compte tout autant, voire moins, que la maturité du créateur.
Ce que révèle son témoignage tient en quatre idées clés :
1) La communauté avant l’audience : quand le « social » redevient social

Le lifestyle ne se regarde plus, il se vit. Pour ces petits créateurs, le contenu n’est qu’un prétexte à l’échange. Ils redonnent du sens au mot « social » des réseaux, privilégiant la qualité du lien à la quantité de likes. Dans cette proximité, la « bienveillance » devient le fil conducteur et elle se manifeste dans les petites anecdotes du quotidien :
« En janvier, par exemple, après une petite déception sur une galette, j’ai reçu énormément de messages drôles et des recommandations pour “rattraper” l’expérience – avec de la galette à la pistache, mon péché mignon. C’était adorable, et ça m’a rappelé que derrière les écrans, il y a une vraie bienveillance. »
La proximité ne doit cependant pas se transformer en surexposition : poser des limites, c’est préserver la confiance et garder une ligne claire entre ce qui nourrit le contenu et ce qui relève de l’intime.
« Les moments familiaux très personnels, la santé ou ma vie amoureuse restent en dehors des réseaux. Je partage beaucoup, mais toujours ce que je choisis de partager. La différence, pour moi, se joue dans l’authenticité et la responsabilité vis-à-vis de ce que l’on partage. »
2) L’influence « invisible », quand l’expérience vécue devient le guide
Avant de réserver une table, un hôtel, ou visiter une adresse shopping, beaucoup vérifient si « ça vaut vraiment le coup ». C’est le ZMOT : le moment où l’avis et l’expérience de ceux qui ont déjà testé priment sur la promesse de marque.
Pour comprendre ce qui se joue sur nos écrans, il faut distinguer deux types de contenus :
→ L’UGC (User Generated Content), crée spontanément par un utilisateur, sans contrepartie.
→ L’IGC (Influenceur Generated Content), produit par un influenceur dans le cadre d’un partenariat rémunéré.
La nano- et micro-influences se situent à la frontière des deux avec un UGC augmenté qui met son savoir-faire au service d’une expérience tout en conservant une esthétique du réel.
« Aujourd’hui, le mot “influenceur” est parfois mal perçu et on a “peur” de l’utiliser, notamment à cause de certaines dérives. (…) Pourtant, si nos recommandations donnent envie d’essayer un restaurant, un hôtel ou un produit, alors c’est bien une forme d’influence. La différence se joue alors dans l’authenticité. »
C’est de là que naît cette influence « invisible » : en partageant ses découvertes, le créateur nous invite à suivre une aventure comme on écouterait les conseils d’un ami. L’expérience se transmet, l’atmosphère s’installe, et l’envie ou non d’essayer naît naturellement. Plutôt que d’imposer un modèle de perfection, il privilégie un échange sincère et horizontal : « Regardez ce que nous vivons ensemble », « Voici ce que vous pouvez faire aussi » plutôt que « Regardez ma vie parfaite ». On ne suit plus une marque, mais une personne qui nous ressemble.
Résultat → l’engagement suit

3) Derrière chaque post, un profil multi-casquettes
À cette échelle, l’influence repose sur un travail largement souvent sous-estimé : production, animation de communauté, gestion des partenariats … Et pourtant, le petit créateur n’a pas d’équipe, avec une activité souvent conduite en parallèle d’un métier et une économie encore peu sécurisée (pas de contrat pour les collaborations inférieures à 1000€). Le petit créateur avance seul, dans un modèle dépendant de son temps personnel et de son engagement quotidien — une réalité particulièrement marquée chez les micro-influenceurs.
Rappelez-vous, Chad’s Hat se situe précisément dans cet entre-deux nano/micro. S’il affiche le professionnalisme d’un micro-influenceur, porté par son expertise métier en stratégie digitale, il conserve l’indépendance du nano-créateur. Pour lui, l’influence n’est pas une nécessité économique, mais un projet passion qu’il pilote selon ses propres critères de qualité. Il résume d’ailleurs cette posture ainsi :
« (L’influence) … c’est un plus dans ma vie car j’aime beaucoup mon métier de Chef de projet digital / Conversion and performances manager, mais j’aimerais que la création de contenu prenne une place plus importante dans ma vie, avec des collaborations toujours plus alignées et qualitatives. »
4) Miser sur les petits créateurs pour combiner impact, budget maîtrisé et visibilité locale
– L’influence doit s’inscrire dans une stratégie globale :
La nano- et la micro-influences ne sont pas des leviers isolés. Elles prennent toute leur valeur lorsqu’elles s’intègrent à une stratégie globale, le « cross media » (SEO local, Google Business Profile, évènements online & offline, etc.). Au-delà de ces dispositifs, souvent perçus comme complexes, une communication efficace repose avant tout sur des bases simples. Comme le rappelle Chad’s Hat, pour un restaurant par exemple, cela implique avant tout des visuels de qualité, une information claire, et une présence digitale à jour.
– Le budget comme avantage, mais pas une fin en soi :
Les écarts de coût entre macro/méga et nano/micro peuvent être déterminants : Les méga-influenceurs facturent souvent 10 à 50 fois plus cher par publication que les nano ou micro-influenceurs (1). Il est même très commun pour les petits créateurs de recevoir des produits ou services en échange de contenu, pratique connue sous le nom de « gifting ».
– Une demande réelle et une indépendance qui fait la valeur :
Aujourd’hui, 70 % des entreprises déclarent préférer travailler avec des micro- et nano-influenceurs plutôt qu’avec des célébrités pour leurs campagnes (4). Cette tendance place ces créateurs au centre du jeu, comme le confirme Chads’ Hat :
« Aujourd’hui, j’ai la chance d’être régulièrement sollicité. Mais je reste aussi dans une démarche active : si un lieu me touche ou m’inspire, je peux être à l’initiative. »
Et il pose la condition de crédibilité :
« Je tiens à garder la main sur mes choix et à rester honnête dans mes retours, même en collaboration. »
– Notoriété de proximité ; la vraie force des nano- et micro-influenceurs :
Choisir systématiquement les comptes les plus suivis n’est pas forcément la meilleure stratégie, tout dépend de son objectif. Pour un acteur local, l’enjeu n’est pas d’être « connu de tous » mais d’être identifié « par les bonnes personnes », au bon endroit. C’est précisément ce que permettent les petits créateurs :
✓ Une communauté proche, souvent ancrée dans une même ville ou un même quartier ;
✓ Une recommandation perçue comme du bouche-à-oreille plutôt qu’à un message publicitaire ;
✓ Une visibilité reliée aux usages réels (tester un lieu, sortir manger, acheter local)

Conclusion
Si les données mesurent la performance, cet échange avec Chad’s Hat nous en livre la substance : une influence qui ne se calcule pas, mais qui se ressent. On repart ainsi avec une certitude : l’influence de demain sera celle du lien, de la proximité et de la sincérité.
Un immense merci à lui pour ce partage sans filtre. Quant à son adresse secrète, Chad a préféré garder une part de mystère, mais il nous a donné un indice de taille : son cœur bat (très fort) pour la cuisine italienne. Alors, un conseil : gardez un œil sur ses prochains posts (et sur son chapeau), la pépite ultime de pâtes fraîches ou de pizza parfaitement dorée n’est sans doute pas loin !
Sources :
(1) Charleagency, 50+ Influencer Marketing Statistics for 2026, 5 février 2026
(2) Starngage, « Benchmark Report: Average Influencer Engagement Rates Across Platforms », 21 mai 2025
(3) 18h08.fr, « 7 raisons de choisir un nano influenceur pour booster votre visibilité », 20 avril 2025
(4) Influencer Marketing Hub, « Influencer Marketing Benchmark Report 2024 »

Article co-écrit par :
Estelle NARDY
&
Valentine Florisse
À lire également :
→ L’influence en 2026 : un levier arrivé à maturité mais dicté par les tendances
→ Du rêve à la méfiance : comment les dérives ont fragilisé la parole des influenceurs

