Plutôt que d’attendre une reconnaissance venue des médias traditionnels, les joueuses de rugby féminin prennent aujourd’hui la parole sur leurs propres terrains : les réseaux sociaux. En s’appropriant les codes du marketing digital et du personal branding, elles ne se contentent plus de marquer des points : elles transforment leur nom en véritable marque média.
Analyse d’une révolution où l’impact numérique devient aussi précieux que l’essai.

Le Personal Branding : la nouvelle monnaie d’échange des sportives
Pour une joueuse aujourd’hui, maîtriser son image en ligne n’est pas un gadget de communication, mais un outil concret de carrière. Le concept de personal branding appliqué à une sportive consiste à bâtir une identité digitale autour de ses valeurs, son style et son histoire unique.
Dans un environnement où les médias traditionnels ont longtemps négligé le rugby féminin, les réseaux sociaux deviennent les premières vitrines où se joue une suite logique : visibilité → crédibilité → opportunités économiques.
Quand le digital sécurise les carrières du rugby féminin
Si la visibilité du rugby féminin progresse, la réalité économique reste encore très contrastée. En France, seules les internationales du XV de France bénéficient de contrats fédéraux, avec des salaires compris entre 2 500 et 4 000 euros nets par mois. Pour la majorité des joueuses de haut niveau, le quotidien reste un équilibre fragile entre entraînements, études ou emploi salarié.
Dans ce contexte, le digital s’impose comme un levier de sécurisation financière. Il ne remplace pas le contrat sportif, mais en limite la dépendance. Partenariats de marque, créations de contenus ou interventions médiatiques permettent aux joueuses de générer des revenus complémentaires et de compenser la fragilité des budgets de clubs.
Cette dynamique est portée par l’essor de l’audience numérique du rugby féminin. Selon World Rugby, la Coupe du Monde féminine 2025 a généré plus d’un milliard d’impressions sur les réseaux sociaux. Une exposition qui rassure les annonceurs et transforme la visibilité des joueuses en opportunités concrètes, faisant du digital un véritable filet de sécurité pour leurs carrières.
Du leadership au buzz : deux stratégies pour une même influence
Loin d’être un simple espace de divertissement, Instagram, TikTok et autres plateformes sont devenus de véritables outils de travail. Ils permettent aux joueuses de diffuser leur parcours de manière authentique, d’interagir avec une communauté engagée sans intermédiaire et de capter l’attention de marques en quête de porte-parole influentes.
Cependant, le digital n’est pas un format standardisé ; il s’adapte aux objectifs de chaque athlète. Le contraste entre ces deux joueuses, illustre parfaitement cette diversité de stratégies :

MANAE FELEU
ILONA MAHER
La joueuse devenue star du web : À l’opposé, Ilona Maher, joueuse internationale américaine, a hacké les codes de TikTok par l’humour et le mouvement « body-positive« . Avec des millions d’abonnés, elle a transformé son image en un levier d’influence massif. Sa présence en ligne est devenue son meilleur atout, lui ouvrant les portes des plateaux TV, des médias grand public et des contrats d’envergure avec des géants de la mode et des cosmétiques.

Cet exemple montre que le personal branding permet à chaque joueuse de construire sa carrière sur mesure, selon son propre profil. Qu’il s’agisse d’incarner l’excellence académique ou de devenir une icône médiatique mondiale, le digital leur permet de construire une carrière qui leur ressemble. C’est cette capacité à transformer leurs abonnés en une véritable influence qui permet aujourd’hui à certaines joueuses de décrocher des collaborations mondiales inédites.
Transformer ses abonnés en opportunités : l’exemple concret de Barbie
Pour les joueuses, investir du temps sur les réseaux sociaux n’est pas juste un passe-temps, c’est une stratégie pour booster leur carrière. Aujourd’hui, une communauté engagée est un vrai plus pour décrocher des partenariats commerciaux : les marques cherchent des visages authentiques, capables de parler à un public que la télévision classique ne touche plus forcément.
Cette présence digitale permet de transformer la visibilité en contrats de sponsoring et en projets originaux. La collaboration avec les poupées Barbie est l’exemple parfait de cette réussite.
Pour la Journée internationale de la fille, la marque Mattel a créé une collection « Team Barbie » inspirée de grandes joueuses comme Ilona Maher (USA), Nassira Konde (France), Ellie Kildunne (Angleterre) et Portia Woodman-Wickliffe (Nouvelle-Zélande). Ce partenariat montre bien l’impact du digital :
- Toucher tout le monde : Le rugby sort du cadre sportif pour entrer dans la culture populaire.
- Devenir des modèles : Les joueuses ne sont plus seulement des sportives, elles deviennent des exemples pour les petites filles.
- Un coup de projecteur massif : En partageant ce projet sur leurs réseaux, les joueuses et la marque créent un buzz énorme que les médias classiques n’auraient pas pu générer seuls.
Ce type de collaboration illustre la manière dont le marketing digital permet au rugby féminin de sortir de son cadre sportif traditionnel. En associant des joueuses à une marque emblématique de la culture populaire, le digital crée des passerelles inédites entre performance sportive, représentation sociale et opportunités économiques.
Conclusion
Dans un rugby féminin encore en pleine structuration, le digital transforme les joueuses en marques individuelles crédibles. Plutôt que de rester spectatrices d’un marché en mutation, elles deviennent les actrices majeures de leur propre carrière. Ce passage du statut d’athlète à celui de marque média est bien plus qu’une tendance : c’est le nouveau moteur de la reconnaissance professionnelle dans le sport.
Sources :
Le Monde – Dans le sillage de la Coupe du monde, la FFR cherche à développer le rugby féminin. Disponible ici
World Rugby – Women’s Rugby World Cup 2025 : plus d’un milliard d’impressions sur les réseaux sociaux. Disponible ici
World Rugby – A Blueprint for Growth: Women’s Rugby (rapport officiel). Disponible ici
Reuters – Ilona Maher devient l’égérie d’une poupée Barbie après la Coupe du monde. Disponible ici
Forbes – Ilona Maher, du rugby aux collaborations mondiales avec Barbie et les marques lifestyle. Disponible ici
Joli Mindset – Antoine – De Futuna à l’Équipe de France : le destin hors norme de cette étudiante en médecine (Manae Feleu) Disponible ici



